Une solidarité appelée à grandir

La perte d’un enfant est un choc inouï, un tsunami. C’est ce que j’ai vécu quand j’ai perdu un fils de 15 ans et demi, dans des circonstances dramatiques. Un choc tel que celui subi par les jeunes de Montana Crans et leurs proches bouleverse complètement le sens qu’on donne à sa vie : ces jeunes avaient toute la vie devant eux !

Qu’est-ce qui peut tout de même faire un peu de bien dans de telles circonstances ? les signes d’attention et d’amitié, se rassembler, vivre des temps de partage et de silence. Tout cela peut apporter du réconfort. De temps à autre, il faut aussi une parole qui va à l’essentiel, comme celles du 9 janvier à Martigny. 

On en a aussi entendu dans des églises, dont les services sont soudainement apparus au grand jour. Alors que peu auparavant, Noël était coupé de son origine et de son sens par le Black Friday, des milliers de personnes se sont tout à coup retrouvées dans des églises. Elles y ont vécu des temps de recueillement d’une grande simplicité, débordant les frontières institutionnelles, correspondant à des besoins spirituels forts. Voilà qui nous rappelle que la spiritualité, au sens le plus large, est une dimension de notre humanité. Dans notre société, elle est souvent enfermée dans l’intimité mais elle a aussi une dimension collective. Selon la manière dont elle est vécue, la spiritualité peut contribuer à notre bonheur ou à notre malheur tout comme, d’ailleurs, la sexualité et le travail.

Avec toutes les institutions, les Eglises sont fortement fragilisées aujourd’hui. Elles continuent, néanmoins, à fournir des services publics de grande valeur, notamment aux personnes qui vivent un deuil éprouvant. Elles n’ont pas de solution toute faite à fournir mais elles ont autre chose à offrir : l’ouverture de leurs portes, les oreilles bienveillantes de leurs professionnels, des pistes de réflexion sur la vie et la mort à partir de l’Evangile, une bonne nouvelle devenue trop souvent inaudible dans l’histoire, étouffée par le conformisme et le pouvoir. Elle est à redécouvrir. Bien sûr, je m’exprime comme chrétien. D’autres traditions religieuses sont riches aussi de grandes valeurs. Dans tous les cas, une catastrophe ne nous laisse pas intacts. Elle nous oblige à revoir le sens de notre vie, y compris dans le domaine collectif. Montana Crans devrait nous servir de leçon.

116 jeunes y ont été gravement brûlés. Un tiers d’entre eux, environ, ont été pris en charge par des hôpitaux spécialisés de nos pays voisins. Cette solidarité fait vraiment beaucoup de bien, non seulement aux personnes hospitalisées mais aussi à la Suisse qui devra impérativement revoir certaines de ses pratiques. Faut-il rappeler que notre pays n’a accueilli qu’à grand peine 20 enfants de Gaza gravement blessés ?

Comme 24 heures l’a relevé dans son édition du 10 janvier, s’il ne fallait retenir qu’un mot de la journée de deuil du 9 janvier, ce serait celui de « solidarité ».

Dans notre société qui a tant sacrifié à l’égoïsme et à l’argent, cette expérience forte devrait nous inciter à réorienter nos manières de penser et de vivre nos relations sociales, aussi bien en Suisse qu’à l’étranger. Notre solidarité est appelée à grandir. Nous en avons besoin.

Pierre Farron  (texte publié dans 24 heures le 16 janvier 2026)

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